Les bons d’État, la branche 21, les comptes à terme, les bons de caisse, les OLO ou encore les obligations d’autres pays offrent des alternatives aux livrets.
Pourquoi ne pas faire bouger votre épargne? En Belgique, les taux d’intérêt des comptes d’épargne ont nettement diminué cette année, dans la foulée de la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), qui influencent directement les rendements des produits financiers de courte durée.
En zone euro, les épargnants belges figurent même parmi les plus mal lotis. D’après les statistiques de la BCE, le taux d’intérêt moyen qui rémunère les dépôts d’épargne, inclus dans les chiffres des dépôts à préavis de maximum trois mois, est tombé à 0,74% en septembre en Belgique, contre 1,21% pour l’ensemble de la zone euro. La moyenne belge était encore de plus de 1% en début d’année.
D’après les données de Guide-épargne.be, site spécialisé dans la comparaison des conditions financières de divers placements, le meilleur compte d’épargne belge sans condition ne rapporte plus que 1,65%, alors que l’inflation a été mesurée à 2% dans notre pays en octobre. De plus, la majeure partie du rendement provient généralement de la prime de fidélité, ce qui implique que, pour bénéficier de l’intégralité du taux espéré, il faut maintenir son épargne immobile pendant une année complète. Tout retrait fait perdre la prime calculée sur le montant prélevé.
En plaçant de l’argent sur des comptes d’épargne classiques, on perd donc du pouvoir d’achat. Il est dès lors opportun de s’intéresser aux alternatives aux comptes réglementés traditionnels. Voici celles qui peuvent vous offrir un rendement supérieur pour votre épargne.
- Les comptes d’épargne d’accroissement
Certains comptes d’épargne rapportent plus de 2% (taux cumulant l’intérêt de base et la prime de fidélité) mais ils sont assortis d’une condition: vous ne pouvez y placer que maximum 500 ou 600 euros par mois, en fonction de la banque choisie. On parle de comptes d’épargne d’accroissement, parce qu’ils permettent à l’épargnant de faire croître le capital via des dépôts mensuels.
Vous ne pouvez donc pas déplacer toute votre épargne en une fois vers ces comptes. Ils peuvent tout de même servir à mobiliser une partie de votre épargne. Le meilleur d’entre eux rapporte 2,85%. Attention, dans la plupart des cas, la plus grande part du rendement provient de la prime de fidélité. À nouveau, il faut donc maintenir l’argent en compte pendant au moins douze mois. Ce qui peut compliquer vos calculs, étant donné que le capital a été accumulé au fur et à mesure via des versements mensuels…
Quoi qu’il en soit, celles et ceux qui ne jurent que par les comptes d’épargne devraient vérifier ce que proposent les autres banques que la leur en la matière. Les différences de rendement peuvent être élevées d’une institution financière à l’autre. La plupart des banques comptent sur l’inertie des épargnants. Faire jouer la concurrence permet d’éviter d’être parmi ceux que la baisse des taux impacte le plus.
- Les bons d’État
Les Belges apprécient les comptes d’épargne pour leur sécurité: jusqu’à 100.000 euros de dépôts, par banque et par personne, sont garantis par l’État. Dès lors, pourquoi ne pas placer cette épargne directement auprès de l’État? La dernière campagne de souscription aux bons d’État s’est clôturée début décembre: elle proposait un bon à un an à 1,40% net et un bon à dix ans à 2,24% net. L’Agence de la Dette devrait organiser de nouvelles campagnes de souscription en 2026, en principe chaque trimestre. Les prochains bons d’État devraient être disponibles vers la fin février.
Il est à noter que ces placements directs auprès de l’État belge impliquent en principe de maintenir l’argent immobile pendant la durée de vie du bon d’État. Certes, il est possible de revendre ces bons mais cela implique des frais qui entameront le rendement, et la plus-value pourrait être moins intéressante que le rendement promis à l’échéance, sans compter que cette plus-value devrait aussi être taxée, si le projet de taxe sur les plus-values entre bien en vigueur en 2026, comme attendu.
- Les assurances-vie de la branche 21
Parmi les placements sûrs, les assurances-vie à capital et taux d’intérêt garantis, soit les contrats dits de la branche 21, peuvent offrir des rendements plus élevés et une sécurité grâce à la protection du fonds de garantie jusqu’à 100.000 euros.
Mais c’est au détriment de la disponibilité des capitaux: ces investissements sont généralement d’au moins huit ans. Les produits de la branche 21 ne sont pas soumis au précompte mobilier mais à une taxe de 2% sur les primes versées (sauf dans le cadre de l’épargne-pension). Il faut aussi être attentif aux frais d’entrée et de gestion, qui peuvent ronger fortement le rendement.
- Les comptes à terme et les bons de caisse
La sécurité est aussi au rendez-vous pour les comptes à terme et les bons de caisse, qui tombent sous le coup de la garantie des dépôts de 100.000 euros. Les rendements de ces placements peuvent dépasser ceux des comptes d’épargne.
D’après le site Guide-épargne.be, on trouve des comptes à terme offrant un taux d’intérêt net (après précompte mobilier) de plus de 1,80%, ce qui n’est pas mal en comparaison avec la plupart des livrets. D’autant plus qu’en fonction de leur relation bancaire, des clients peuvent aussi négocier un taux plus élevé. Dans plusieurs banques, ce type de compte est accessible sans frais.
Mais le compte à terme a un inconvénient par rapport aux comptes d’épargne: l’argent y est bloqué pour toute la durée prévue, en l’occurrence au moins cinq ans si on veut atteindre 1,8% net de rendement.
Idem pour les bons de caisse, soit les obligations émises par les banques à destination des particuliers. Sur ce marché, on trouve actuellement des bons offrant des rendements comparables à ceux des comptes à terme, mais cela implique de laisser l’argent investi pendant plusieurs années.
- Les obligations de l’État belge
Les OLO (obligations linéaires) émises par l’État fédéral sont plutôt destinées aux investisseurs institutionnels, mais les particuliers peuvent les acquérir sur le marché secondaire (là où se négocient les obligations émises dans le passé).
Tout comme pour les bons d’État, l’investissement en OLO offre une grande sécurité puisque le débiteur de ces emprunts obligataires est l’État belge, celui-là même qui garantit les dépôts d’épargne. Les OLO sont aussi un placement très liquide: on peut les revendre à tout moment sur le marché secondaire (mais au risque de perdre le rendement espéré à l’échéance). Les transactions sur les OLO sont exemptées de taxe sur les opérations de bourse (TOB).
Une des manières de tirer profit de ces titres de dette de l’État belge est d’acquérir d’anciennes OLO zéro coupon: ces OLO ont été émises il y a quelques années, quand les taux d’intérêt étaient au plancher. Par exemple, en 2020, l’État belge a émis une OLO d’une durée de sept ans, à 0% d’intérêt (d’où la dénomination « zéro coupon »).
Mais depuis, les taux d’intérêt ont nettement augmenté sur le marché. Les titres zéro coupon du passé sont donc moins prisés par les investisseurs, qui préfèrent acquérir des obligations récentes rapportant des intérêts. Résultat: sur le marché, la valeur des OLO zéro coupon a beaucoup diminué.
L’OLO 0% arrivant à échéance le 22 octobre 2027 est cotée actuellement à un peu plus de 96% de sa valeur nominale. En l’achetant aujourd’hui, vous réaliserez une plus-value à l’échéance puisque l’État devra la rembourser à 100%. Cette opération procure un rendement annuel d’un peu plus de 2% net. Et comme il n’y a pas d’intérêts versés, le précompte mobilier ne s’applique pas. Attention, pour éviter tout précompte, il faut que l’obligation ait été émise « au pair », c’est-à-dire à 100% de sa valeur nominale, valeur qui est censée être rétrocédée à l’investisseur à l’échéance.
Quid de la future taxe sur les plus-values? « Si l’investisseur ne cède pas l’obligation, mais attend l’échéance, il n’y a pas de cession à titre onéreux et donc pas de taxe sur les plus-values », explique Denis-Emmanuel Philippe, avocat associé chez Bloom Law. L’avant-projet de loi instituant la taxe prévoit en effet que la plus-value est « la différence positive entre le prix reçu en rémunération de l’actif financier cédé et sa valeur lors de l’acquisition ». Or, dans ce cas-ci, l’actif financier n’est pas cédé.
- Les obligations d’État étrangères
Outre les OLO, il est tout à fait possible d’investir dans des titres comparables émis par d’autres pays. Mais il faut alors être attentif au profil de risque de ces États. Le Bund allemand bénéficie d’une grande sécurité. Par contre, les obligations de l’Argentine, par exemple, sont classées dans la catégorie spéculative par les agences de notation, parce que ce pays a régulièrement dû restructurer sa dette, au détriment des investisseurs.
En investissant dans des obligations gouvernementales européennes, vous devriez en principe bénéficier d’une exonération de la TOB, tout comme pour les OLO belges. Mais cette exonération est encore en discussion au sein de la fédération financière belge car la législation à ce sujet va seulement être modifiée prochainement dans le but de rendre l’exonération praticable.
Journaliste Philippe Galloy
